"Rockground"
(Fanzine, 2001-2002)
En 2001, le grunge appartenait déjà à l'histoire. Kurt Cobain était mort depuis 7 ans, Seattle n'était plus
l'épicentre du rock mondial et les grandes maisons de disques s'étaient depuis longtemps tournées vers Britney
Spears ou les Destiny Child...
Mais dans ma chambre, rien n'avait changé : Nirvana, Mudhoney et Soundgarden tournaient en boucle, les murs
étaient couverts de posters, et je collectionnais avec passion les rares traces encore accessibles de cette
époque — bootlegs de concerts sur VHS, K7 audio pirates, enregistrements parfois inaudibles échangés sous le manteau entre
passionnés, bien avant l'avènement de YouTube !
À 20 ans, je venais de commencer mes premières aventures musicales en tant que guitariste, chanteur et
compositeur au sein de petits groupes de rock amateurs. Je rencontrais d'autres musiciens, d'autres passionnés
de grunge, et peu à peu l'idée de créer mon propre fanzine s'est imposée. J'avais déjà expérimenté cette forme
d'expression quelques années auparavant avec Labyrinthe, une première publication consacrée aux jeux de
rôle. Le principe du « do it yourself » faisait partie de ma culture : créer soi-même, sans attendre d'être
légitime, simplement parce qu'une passion brûle suffisamment fort.
Rockground est né de cette énergie. Fabriqué artisanalement à la photocopieuse, avec des textes tapés sur
traitement de texte, des collages, une mise en page parfois chaotique et une totale liberté de ton, il
ressemblait davantage à un objet punk qu'à un magazine traditionnel. On y trouvait des chroniques d'albums, des
comptes rendus de concerts, des coups de cœur... mais aussi beaucoup de coups de gueule ! J'y exprimais mes
enthousiasmes comme mes frustrations, parfois avec un humour volontairement provocateur et un goût certain pour
la transgression.
Au fil des numéros, Rockground est devenu davantage qu'un simple hommage au grunge : il est
devenu le témoin d'une petite scène underground locale qui gravitait autour de mon groupe, Space Needle, dans le
Val-de-Marne. Nous parlions des groupes des copains, nous chroniquions leurs concerts, nous interviewions des
artistes avec un simple magnétophone à cassette. Il y avait quelque chose de très spontané, presque
communautaire, dans cette manière de fonctionner : quelques passionnés réunis autour d'une musique, avec
l'impression de construire notre propre monde en marge du reste.
Le fanzine était distribué de façon confidentielle, de la main à la main, dans les salles de répétition, les
boutiques de musique ou entre membres de cette petite tribu underground. Certains articles provoquaient des
réactions amusées, d'autres choquaient ou déroutaient. Beaucoup ne comprenaient pas pourquoi parler encore du
grunge en 2001. Mais c'était justement l'esprit du projet : défendre une passion qui n'avait plus besoin d'être
à la mode pour exister.
Avec le recul, Rockground reste probablement mon expérience d'écriture la plus libre. À cette époque,
j'écrivais sans penser aux conséquences, simplement parce que j'avais quelque chose à dire. C'était brut, trash,
excessif, parfois maladroit, mais profondément sincère.
Plus qu'un fanzine musical, Rockground représente pour moi le souvenir d'une époque où quelques feuilles
photocopiées pouvaient donner l'impression de participer à une petite révolution culturelle à notre échelle. Une
époque où l'on pouvait créer sa propre scène, rencontrer des artistes inconnus, partager une passion et avoir le
sentiment d'appartenir à une grande famille underground.
Une époque où tout semblait encore possible, où l'énergie comptait davantage que la visibilité.
Une époque révolue. Cette liberté et cette légèreté me manquent encore aujourd'hui.